DES PHENOMENES EXTREMEMENT DANGEREUX
Des phénomènes extrêmement dangereux
Un certain nombre d'articles anglo-saxons prouvent que ces phénomènes sont extrêmement dangereux. Ainsi, en dix ans, quarante-quatre pompiers américains sont décédés après avoir été piégés par les effets dévastateurs de flash-over ou de backdraft. Le catalogue des ouvrages américains de Fire Engineering propose même un ouvrage de 370 pages exclusivement consacré à la sécurité des pompiers lors de la lutte contre les incendies de bâti- ments. Flash-over et backdraft, ainsi que d'autres dangers, y sont largement évoqués. La reconnaissance doit être complète et précise pour reconnaître les signes précurseurs (cf. encadré ci-contre).
Règle d'or: refroidir les gaz
Les opérations à mener
Les explications des paragraphes précédents permettent d'envisager une réponse opérationnelle avant que les phénomènes ne se produisent. Ceci est précisément et complètement expliqué dans les règlements américains dont nous donnons quelques éléments.Cas du flash-over
La règle d'or est de refroidir les gaz contenus dans la pièce afin de ramener la température des combustibles exposés en deçà de la valeur d'auto-inflammation.
Pour ce faire, il y a deux possibilités:
• refroidir par l'eau: le flash-over peut être généralement évité en dirigeant le jet de la lance vers le plafond et vers les éléments de la pièce. Le jet sera semi-diffusé de manière à avoir un bon compromis portée/surface couverte et pour «capter» le maximum de chaleur. L'intérêt des lances à débit variable est évident. Avec 500 litres/minute en pulvérisé, on absorbe 22 MW par évapora-tion. Mais si l'eau est mal projetée sur cette zone et si cette zone n'est pas ventilée, l'eau va refroidir et condenser la fumée générée par le feu. Cette réaction aura pour conséquence la circulation de la fumée et de la vapeur à tous les niveaux de la zone en feu. Ceci induit un déséquilibre dans la répartition des températures dans la pièce. De nombreux pompiers ont été brûlés à cause de ce déséquilibre. Pour éviter cela, l'attaque peut avoir lieu à une certaine distance. En particulier, une variante des «attaques à l'américaine» (depuis l'extérieur), est un moyen efficace pour refroidir la pièce avant que des hommes ne s'y engagent dangereusement par les communications existantes.• refroidir par ventilation: ventiler, c'est amener de l'air plus frais dans la pièce pour refroidir le milieu gazeux surchauffé et évacuer les fumées. Ceci aide aux opérations de sauvetage en offrant une meilleure visibilité dans la pièce, en apportant de l'air frais aux éventuelles personnes se trouvant dans le local. La technique de ventilation par pression positive qui consiste à disposer un ventilateur à grand débit à l'entrée d'un local en feu et à créer un exutoire à l'opposé de façon à créer un courant d'air pourra avantageusement être employée. Cette technique nécessite un apprentissage certain (connaissance du tirage naturel afin de s'assurer du chemin emprunté par les gaz imbrûlés): voir à ce sujet l'article du lieutenant-colonel Chinai dans le «Sapeur-pompier français» de novembre 1995.
Un certain nombre de corps français de sapeurs-pompiers ont intégré cette technique (Chambéry, Dijon ...) dans leurs pratiques. Le retour d'expérience est très encourageant car il confère un plus grand confort pour les intervenants et une localisation très rapide du feu. On pourrait penser, a priori, que l'air va aviver le feu: c'est le cas. Mais comme le feu est découvert plus vite, il est éteint plus rapidement. Ainsi, les dégâts faits par le feu ne sont pas plus importants que ceux créés par un feu non ventilé découvert plus tardivement. En outre, l'expérience montre que l'on utilise moins d'eau pour étendre le feu ventilé car l'absence de fumées permet de voir si l'action des lances est efficace. Le meilleur procédé consiste à mener les deux types de refroidissement (eau et ventilation) conjointement.
Comparaison des signes précurseurs permettant d'identifier un flasn-over ou un backdraft
Flash-over
Backdraft
- bâtiment possédant des ouvertures suffisamment grandes pour 'alimenter la combustion;
- présence de flammes bien jaunes mais localis é es dans la pièce;
- chaleur intense;
- « langue » de flammes à l'interface fum é e/air (roll-over).
Remarque: lorsque tout le volume de la pi è ce est envahi par les flammes (tous les objets combustibles brûlent) et que les flammes s' é chappent par le haut des fen ê tres, le flash-over a déjà eu lieu.
- bâtiment quasi fermé (confinement); - pas de flammes visibles; - parfois petites flammes bleutées;
- fumée s' échappant sous pression et par « petits nuages » des interstices;
- fumée noire devenant gris jaune; - fenêtres salies par la fumée; - sons assourdis;
- mouvements d'air rapides lorsqu'une ouverture est faite imprudemment.
Cas du backdraft
Le but est double: abaisser la température dans la pièce et évacuer les fumées accumulées. Le principe de base consiste à ventiler avant toute attaque en évacuant les gaz imbrûlés par un exutoire en partie haute de la pièce. Ce principe peut paraître contradictoire avec ce qui vient d'être énoncé. Nous allons voir comment la ventilation doit être menée, car le risque d'explosion est réel. L'analyse sommaire de la convection et des turbulences montre qu'il ne faut surtout pas ventiler en créant une ouverture en partie basse de la pièce. Il faut que les fumées s'échappent par le haut de la pièce (ainsi, il n'y a pas contact du mélange comburant/ combustible avec des points incandescents).En France, la réglementation sur le désenfumage permet d'atteindre ce but. Aux Etats-Unis, ceci est réalisé en créant une trouée sur le toit des immeubles en feu; c'est le rôle des «roo-fers» chez les pompiers américains (lire à ce sujet l'article de René Dosne dans Allô 18 de juin 1996). La surpression en partie haute chasse les fumées. Mais, au moment où la ventilation est opérée, une équipe d'attaque munie d'une lance en eau doit être prête à entrer dans la pièce. Le jet de la lance aura pour but de refroidir le milieu gaz/fumées et d'inerter ce milieu. Cela exige un fort débit ainsi qu'un jet brisé (lances à jet en cônes d'angles réglables). Il est essentiel qu'il y ait une excellente coordination des actions: les liaisons radio sont indispensables. Présenter le flash-over et le back-draft, expliquer clairement les conditions d'apparition et les signes précurseurs et expliquer la réponse opérationnelle en quelques pages était un pari impossible à relever. Aussi, les lecteurs intéressés pourront avantageusement se documenter dans les publications présentées dans la bibliographie. Mais les explications des pages précédentes amènent quelques réflexions.
Backdraft: moins répandu en France
Le risque de flash-over est le même à Bordeaux, Lille, Londres ou New-York. Par contre, le risque de backdraft est moins répandu en France, sans pour autant être nul. En effet, le mode de construction des bâtiments est important à considérer. Le mode de construction américain explique en partie la fréquence importante de backdraft aux Etats-Unis. Pourtant, les pompiers français ne doivent pas sous-estimer ce risque.
Ainsi, il y a quelques années, les pompiers d'un corps du Pas-de-Calais ont été appelés, de nuit, pour explosion: à l'arrivée des secours, le chef de garde a observé une explosion non suivie de feu dans une bibliothèque scolaire. Les murs de la pièce étaient recouverts de suie. En l'absence de gaz, la cause de l'explosion n'a pu être déterminée. Pourtant, si l'on étudie les éléments ci-dessus: il s'agit d'une bibliothèque scolaire contenant donc du papier comprimé avec faible prise à l'air, ce qui entraîne une combustion très fumigène, le sinistre est découvert de nuit et tardivement. De plus, cette bibliothèque scolaire était munie de vitres en verre résistant type «securit» dont l'une d'elle s'est brisée beaucoup plus tard qu'une vitre ordinaire ... Ça ressemble beaucoup à une explosion de fumées.